CHENG François, extrait de la préface du catalogue de l’exposition Zao Wou-Ki aux Galeries nationales du Grand Palais à Paris, 1981.

Texte repris et complété pour le catalogue de l’exposition Zao Wou-Ki de la Galerie nationale du Jeu de Paume, Éditions du Jeu de Paume, Paris, 2003.

"Le destin artistique de Zao Wou-Ki n’est pas seulement individuel ; il est intimement lié au devenir d’une tradition picturale plusieurs fois millénaire. Ce fait essentiel, loin de diminuer la valeur de l’aventure personnelle du peintre, contribue à la rendre plus émouvante à nos yeux. Grâce à cette œuvre en effet, une longue attente semble s’achever, celle dans laquelle demeurait la peinture chinoise depuis plus d’un siècle ; une vraie symbiose, pour la première fois s’est réalisée, celle qui de tout temps devait avoir lieu entre la Chine et l’Occident.

Sans doute a-t-on eu raison de parler d’une sorte de miracle lorsqu’on évoquait ce moment décisif où, à l’exact milieu de ce siècle, le peintre s’installait à Paris, venant de son pays lointain. Comme par miracle, il s’y est d’emblée trouvé et s’est adonné à une création dont la densité immédiate nous étonne aujourd’hui encore. (Comment ne pas évoquer ici l’exemple parallèle de Victor Ségalen qui, à peine arrivé en Chine, déclara : « J’ai trouvé mon lieu et mon milieu ? ») Suit alors une longue quête passionnée au cours de laquelle, tout en cherchant à assimiler ce qui fait la grandeur de l’art occidental, le peintre redécouvre le génie de sa propre culture. Plus tard, en 1961, il résume ainsi son cheminement : « Si l’influence de Paris est indéniable dans toute ma formation d’artiste, je tiens aussi à dire que j’ai graduellement redécouvert la Chine, à mesure que ma personnalité s’affirmait. Dans mes toiles récentes, elle s’exprime d’une manière innée. Paradoxalement, c’est à Paris que je dois ce retour à mes origines profondes » (…)".

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