DAIX Pierre, extrait de Zao Wou-Ki – L’œuvre 1935-1993, Éditions Ides et Calendes, Neuchâtel, 1994 (pp. 7-12).

"Si différentes soient-elles, les toiles de Zao Wou-Ki depuis qu’il s’est créé son langage personnel au début de la seconde moitié du XXe siècle portent sa signature à chaque point de leur composition, la signature d’un art en étrange pays où se fondent des espaces venus du champ de la cosmologie et des signes de la Chine ancestrale avec les espaces nés de l’affranchissement moderne chez nous de la perspective, de Cézanne à cette abstraction lyrique qui prit son essor après la seconde guerre mondiale ; en étrange durée donc puisque celle-ci semble ne jamais s’interrompre chez lui entre les premières manifestations de cette spécificité chinoise de faire passer dans l’art le souffle de l’univers et notre fin du XXe siècle. Il n’y a pas de progrès en art et Zao Wou-Ki le sait mieux que personne. Il faut l’entendre s’enthousiasmer devant des pots à vin tripodes les plus anciens qui nous soient venus de l’âge du bronze en Chine, sortis des objets du néolithique, comme devant les peintres T’ang ou la calligraphie primitive, la plus spontanée. Mais s’il n’y a pas de progrès, l’artiste qui ne porte pas en lui la vision de son temps ne peut être qu’un épigone. La peinture de Wou-Ki s’inscrit dans la lignée immémoriale de l’art chinois, parce qu’au lieu de la suivre elle y apporte les interrogations sur le sens de l’art, plus exactement sur le sens de la peinture, nées de notre modernité occidentale, nées des révolutions opérées dans la peinture quand celle-ci s’est émancipée en France des chefs-d’œuvre qu’on jugeait insurpassables de la Renaissance. (…)".

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