de VILLEPIN Dominique, extrait de « La lumière et le souffle », in Zao Wou-Ki et les poètes, Éditions Albin Michel, Paris, 2015 (p. 14).

(…) "Zao Wou-Ki avait le don de l’amitié, l’art de refuser les clans et les coteries, de se placer d’emblée hors de tout rapport de force dans la vérité de l’humain, dont témoignait l’étreinte vigoureuse de son rire. Trois talents rares étaient réunis en une personne, pouvoir admirer, savoir choisir et aimer partager, qui lui ont ouvert la voie de sa vie d’homme, lui arrivé dans une ville rêvée de loin où se parlait une langue inconnue. Comment a-t-il fait pour toujours se lier avec les meilleurs, dès son arrivée à Paris ? À cette question émerveillée de Françoise il répond par un mystère joyeux. Mais quelle assurance pour nouer des amitiés avec les plus brillants, à l’heure où personne encore ne les connaît ! Peintres comme Sam Francis, Jean-Paul Riopelle, ou Norman Bluhm mais aussi musiciens comme Edgar Varèse, poètes ou médecins. Non, personne mieux que lui n’a su admirer. Qu’il faut de tranquille assurance pour ne pas sombrer dans la comparaison ! Il fallait le libre enracinement d’un déraciné, quelqu’un qui sait d’où il vient, mais qui, au loin, doit se métamorphoser, se réinventer, se trouver. Admirer c’est trouver en l’autre ce qui peut nourrir sa conception de l’humanité. C’est accepter de se métamorphoser au contact de l’autre pour s’en enrichir. La force de l’admiration ouvre l’éventail de l’échange. Combien des poètes illustrés par Zao Wou-Ki auraient reconnu immédiatement dans ce mot leur sentiment à l’égard du peintre, à l’instar de Char, soulignant son « amitié admirative »." (…).

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