HENDGEN Yann, extrait de « L’infinie complexité d’un bleu dans le minuscule reflet d’une feuille sur l’eau », in Zao Wou-Ki. Couleurs et mots, Éditions Le Cherche midi, Paris, 2013 (pp. 95-99).

(…) "Les textes sur la peinture de Zao Wou-Ki des années 2000 sont peu fréquents. La critique dans son ensemble a souvent cantonné Zao Wou-Ki dans ce qui a été appelé de manière assez artificielle la « seconde École de Paris ». La compréhension de son œuvre s’est ainsi longtemps fondée uniquement en référence à la période phare des années 1950 à 1970. Les peintures des années 1980 ont été largement pensées comme un prolongement de cette période, presque une conclusion. Puis c’est toute une génération d’artistes, et donc leurs créations, qui a été mise de côté, comme si leur peinture était déjà accomplie et leur apport à l’histoire de l’art terminé. (…).

Et quand, en 2008, il décide de ne plus peindre à l’huile, c’est une décision sans retour. Il refuse dès lors de monter dans son atelier. Cet espace, qu’il a fait créer de toutes pièces au début des années 1960 puis moderniser dans les années 1990, perd sa raison d’être. Il disparaît pour lui. C’est aussi parce qu’il a donné à la peinture une dimension nouvelle. À l’instar des impressionnistes, il a choisi de "planter son chevalet" dans la nature. Et ce renversement s’est fait jour dès le milieu des années 2000. (…).

Désormais, la nature fait un grand retour dans son œuvre. On s’amuserait presque à voir dans Le Soir à l’Hôtel du Palais, peint en 2004, une grandiose marine. Cependant, à y mieux regarder, ce n’est pas la vue d’une plage qu’il propose mais bien une immersion totale dans les éléments, abolissant la frontière entre air et eau. Il ne faut pas retenir les choses qui lui servent de prétextes – bonsaïs, poissons, orchidées – mais ce que son œil et sa main d’artiste en font, la transformation qu’il leur fait subir pour une renaissance épurée. " (…).

orange dot   Retour sur la liste