LEYMARIE Jean, extrait de Zao Wou-Ki, Éditions Cercle d’Art, Paris, 1986 (pp. 48-49).

(…) "En mai 1985, Zao Wou-Ki répond à l’invitation pressante de son ancienne école et retourne à Hang-Tchéou pour y donner durant un mois des cours de peinture et de dessin, tandis que sa femme enseigne en même temps l’histoire de l’art moderne et la muséographie. Expérience inattendue et passionnante, mais comme celle du séminaire de Salzbourg en 1970, épuisante à s’y livrer en entier. Au cours de son voyage il s’arrête à Singapour afin de déterminer l’emplacement de la peinture monumentale que lui commande Pei pour l’édifice en construction dans cette ville. Elle occupera le hall d’entrée. C’est le triptyque exceptionnel de deux mètres quatre-vingts de hauteur sur dix mètres de longueur (3 + 4 + 3) qu’il entreprend avec exaltation et même à terme sans désemparer durant tout l’été, de juin à octobre, dans la retraite de son atelier de campagne près de Fontainebleau. Il marque sans aucun doute dans son œuvre un accomplissement souverain, sur le mode ternaire et son orchestration dialectique autour de l’axe médian. J’ai pu le voir dès son achèvement et subir, avec le recul nécessaire, sa puissance irradiatrice, que la reproduction la plus fidèle ne saurait transmettre. Du vaste foyer central et de sa source solaire aux lueurs cuivrées émanent par contraste et se dilatent vers les bords des nappes bleues et vertes suspendues, aux accords hardis d’olive et d’outre-mer, d’émeraude et de cobalt. Le souffle immense brassant et unifiant l’espace en fusion se combine avec l’extrême richesse et variété de la texture moléculaire, traits, points, taches, hachures, frottis, granulations. (…)

Il n’y a pas de conclusion à ce livre car l’œuvre singulière de Zao Wou-Ki reste inépuisablement ouverte dans sa splendeur physique et sa plénitude spirituelle. Elle assume avec un élan de plus en plus libre la symbiose totale entre l’Occident et l’Orient, entre l’énergie et la contemplation."

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