NOËL Bernard, extrait de « Au bord du visible », préface de Zao Wou-Ki – Grands formats, Edition Cercle d’Art, Paris, 2000 (p. 19).

(…) "La perception a sa vérité, la couleur a sa nature. La forme appelle dans la couleur sa nature, et dans la perception sa vérité. On voit cet appel au centre des toiles de Zao Wou-Ki, mais on le prend pour une vague, un remous parce que l’apparence est fatalement le champ des illusions. L’apparence, toutefois, est inévitable, la refuserait-on qu’on la créerait quand même. Elle a par conséquent sa nécessité, qui est de voiler l’intériorité avec un visage – ou de faire paraître aimable la violence à l’œuvre dans toute expression.

Comment s’exprimer sans commettre un acte d’exhibition ? Il faut jeter dehors son dedans, et plus cette expulsion est radicale plus elle est juste. L’apparence alors n’est plus le vêtement distingué, elle est la peau dont s’enveloppe l’à-vif. Les toiles de Zao Wou-Ki ont pour pudeur leur vivacité dans la mise à nu de l’expérience que chacune réalise. Et puis, leur meilleure voilette est le regard esthétique que l’on porte désormais sur elles : il fait voyager la perception vers l’art et non vers sa vérité. (…)."

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