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1980's

ROY Claude, 1988

ROY Claude, extrait de Zao Wou-Ki, collection Les Grands Peintres, Éditions Cercle d’Art, Paris, 1988 (p. 102).

« Chinois ? Français ? Orient ? Occident ?

La vérité c’est que Zao Wou-Ki n’habite qu’un pays.

Il vit en Zaowoukie depuis de longues années.

De plus en plus hardi, de plus en plus léger, il s’y est enfoncé de plus en plus profond.

A ses débuts, il y croise des gens, il y croise des chats.

Il y avait dans les cartes postales en forme de lithos ou en forme de tableaux qu’il nous envoyait de là-bas, des maisons, des mésanges, des messieurs et des dames et même des vases de fleurs. Il y avait des bonshommes, des clochers, des oiseaux sans passeport, des théières et même plusieurs cerfs branchus. Enfin tout ce qu’on peut rencontrer dans les villes.

Mais petit à petit, Wou-Ki s’est avancé dans des régions de plus en plus sauvages. Il s’est égaré aux marches extrêmes de la Zaowoukie. Il s’est avancé hardiment aux confins.

Au début, il travaillait sur le motif dans les rues des cités, dans les ports, le long de canaux à gondoles et de places à clochers.

Maintenant, comme disent les Kritikdars, il « plante son chevalet » dans les coins perdus des provinces reculées, du côté où la Zaowoukie orientale jouxte les bancs de brumes chantantes de la province d’Oniri, habitée par le peuple des rêves. »

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LEYMARIE Jean, 1986

LEYMARIE Jean, extrait de Zao Wou-Ki, Éditions Cercle d’Art, Paris, 1986 (pp. 48-49).

(…) "En mai 1985, Zao Wou-Ki répond à l’invitation pressante de son ancienne école et retourne à Hang-Tchéou pour y donner durant un mois des cours de peinture et de dessin, tandis que sa femme enseigne en même temps l’histoire de l’art moderne et la muséographie. Expérience inattendue et passionnante, mais comme celle du séminaire de Salzbourg en 1970, épuisante à s’y livrer en entier. Au cours de son voyage il s’arrête à Singapour afin de déterminer l’emplacement de la peinture monumentale que lui commande Pei pour l’édifice en construction dans cette ville. Elle occupera le hall d’entrée. C’est le triptyque exceptionnel de deux mètres quatre-vingts de hauteur sur dix mètres de longueur (3 + 4 + 3) qu’il entreprend avec exaltation et même à terme sans désemparer durant tout l’été, de juin à octobre, dans la retraite de son atelier de campagne près de Fontainebleau. Il marque sans aucun doute dans son œuvre un accomplissement souverain, sur le mode ternaire et son orchestration dialectique autour de l’axe médian. J’ai pu le voir dès son achèvement et subir, avec le recul nécessaire, sa puissance irradiatrice, que la reproduction la plus fidèle ne saurait transmettre. Du vaste foyer central et de sa source solaire aux lueurs cuivrées émanent par contraste et se dilatent vers les bords des nappes bleues et vertes suspendues, aux accords hardis d’olive et d’outre-mer, d’émeraude et de cobalt. Le souffle immense brassant et unifiant l’espace en fusion se combine avec l’extrême richesse et variété de la texture moléculaire, traits, points, taches, hachures, frottis, granulations. (…)

Il n’y a pas de conclusion à ce livre car l’œuvre singulière de Zao Wou-Ki reste inépuisablement ouverte dans sa splendeur physique et sa plénitude spirituelle. Elle assume avec un élan de plus en plus libre la symbiose totale entre l’Occident et l’Orient, entre l’énergie et la contemplation."

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JACOB François, 1986

JACOB François, extrait de la préface du catalogue de l’exposition Zao Wou-Ki – Paintings 1980-1985 à la Pierre Matisse Gallery de New York, Pierre Matisse Gallery Edition, New York, 1986.

"Un regard encore ouvert à tous les possibles. Un état qui précède le monde. Une route qui conduit, non à l’achèvement, mais à l’origine, aux confins de ce qui n’est pas encore. C’est là que nous entraîne la peinture de Zao Wou-Ki, vers un espace qui n’est pas encore déterminé, mais reste en suspens, hésite, plane un dernier instant avant de basculer dans ce qui, plus tard, deviendra un ordre.

(…) Il y a, dans la peinture de Zao Wou-Ki, une perpétuelle mise en question du monde. Un acharnement à le re-créer. Certaines de ses toiles évoquent la fureur des origines, l’enfantement de la matière par l’énergie, les derniers soubresauts des explosions créatrices. D’autres déploient l’indocilité moqueuse des nébuleuses. Ou la naissance de la lumière. Ou l’invention de l’eau. Ou le premier matin, comme ce merveilleux petit triptyque aux blancs rosés. Et en filigrane, par-delà, les convulsions de la matière, comme prête à sourdre, la vie."

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CHENG François, 1981

CHENG François, extrait de la préface du catalogue de l’exposition Zao Wou-Ki aux Galeries nationales du Grand Palais à Paris, 1981.

Texte repris et complété pour le catalogue de l’exposition Zao Wou-Ki de la Galerie nationale du Jeu de Paume, Éditions du Jeu de Paume, Paris, 2003.

"Le destin artistique de Zao Wou-Ki n’est pas seulement individuel ; il est intimement lié au devenir d’une tradition picturale plusieurs fois millénaire. Ce fait essentiel, loin de diminuer la valeur de l’aventure personnelle du peintre, contribue à la rendre plus émouvante à nos yeux. Grâce à cette œuvre en effet, une longue attente semble s’achever, celle dans laquelle demeurait la peinture chinoise depuis plus d’un siècle ; une vraie symbiose, pour la première fois s’est réalisée, celle qui de tout temps devait avoir lieu entre la Chine et l’Occident.

Sans doute a-t-on eu raison de parler d’une sorte de miracle lorsqu’on évoquait ce moment décisif où, à l’exact milieu de ce siècle, le peintre s’installait à Paris, venant de son pays lointain. Comme par miracle, il s’y est d’emblée trouvé et s’est adonné à une création dont la densité immédiate nous étonne aujourd’hui encore. (Comment ne pas évoquer ici l’exemple parallèle de Victor Ségalen qui, à peine arrivé en Chine, déclara : « J’ai trouvé mon lieu et mon milieu ? ») Suit alors une longue quête passionnée au cours de laquelle, tout en cherchant à assimiler ce qui fait la grandeur de l’art occidental, le peintre redécouvre le génie de sa propre culture. Plus tard, en 1961, il résume ainsi son cheminement : « Si l’influence de Paris est indéniable dans toute ma formation d’artiste, je tiens aussi à dire que j’ai graduellement redécouvert la Chine, à mesure que ma personnalité s’affirmait. Dans mes toiles récentes, elle s’exprime d’une manière innée. Paradoxalement, c’est à Paris que je dois ce retour à mes origines profondes » (…)".

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