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2010's

de VILLEPIN Dominique, 2015

de VILLEPIN Dominique, extrait de « La lumière et le souffle », in Zao Wou-Ki et les poètes, Éditions Albin Michel, Paris, 2015 (p. 14).

(…) "Zao Wou-Ki avait le don de l’amitié, l’art de refuser les clans et les coteries, de se placer d’emblée hors de tout rapport de force dans la vérité de l’humain, dont témoignait l’étreinte vigoureuse de son rire. Trois talents rares étaient réunis en une personne, pouvoir admirer, savoir choisir et aimer partager, qui lui ont ouvert la voie de sa vie d’homme, lui arrivé dans une ville rêvée de loin où se parlait une langue inconnue. Comment a-t-il fait pour toujours se lier avec les meilleurs, dès son arrivée à Paris ? À cette question émerveillée de Françoise il répond par un mystère joyeux. Mais quelle assurance pour nouer des amitiés avec les plus brillants, à l’heure où personne encore ne les connaît ! Peintres comme Sam Francis, Jean-Paul Riopelle, ou Norman Bluhm mais aussi musiciens comme Edgar Varèse, poètes ou médecins. Non, personne mieux que lui n’a su admirer. Qu’il faut de tranquille assurance pour ne pas sombrer dans la comparaison ! Il fallait le libre enracinement d’un déraciné, quelqu’un qui sait d’où il vient, mais qui, au loin, doit se métamorphoser, se réinventer, se trouver. Admirer c’est trouver en l’autre ce qui peut nourrir sa conception de l’humanité. C’est accepter de se métamorphoser au contact de l’autre pour s’en enrichir. La force de l’admiration ouvre l’éventail de l’échange. Combien des poètes illustrés par Zao Wou-Ki auraient reconnu immédiatement dans ce mot leur sentiment à l’égard du peintre, à l’instar de Char, soulignant son « amitié admirative »." (…).

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HENDGEN Yann, 2013

HENDGEN Yann, extrait de « L’infinie complexité d’un bleu dans le minuscule reflet d’une feuille sur l’eau », in Zao Wou-Ki. Couleurs et mots, Éditions Le Cherche midi, Paris, 2013 (pp. 95-99).

(…) "Les textes sur la peinture de Zao Wou-Ki des années 2000 sont peu fréquents. La critique dans son ensemble a souvent cantonné Zao Wou-Ki dans ce qui a été appelé de manière assez artificielle la « seconde École de Paris ». La compréhension de son œuvre s’est ainsi longtemps fondée uniquement en référence à la période phare des années 1950 à 1970. Les peintures des années 1980 ont été largement pensées comme un prolongement de cette période, presque une conclusion. Puis c’est toute une génération d’artistes, et donc leurs créations, qui a été mise de côté, comme si leur peinture était déjà accomplie et leur apport à l’histoire de l’art terminé. (…).

Et quand, en 2008, il décide de ne plus peindre à l’huile, c’est une décision sans retour. Il refuse dès lors de monter dans son atelier. Cet espace, qu’il a fait créer de toutes pièces au début des années 1960 puis moderniser dans les années 1990, perd sa raison d’être. Il disparaît pour lui. C’est aussi parce qu’il a donné à la peinture une dimension nouvelle. À l’instar des impressionnistes, il a choisi de "planter son chevalet" dans la nature. Et ce renversement s’est fait jour dès le milieu des années 2000. (…).

Désormais, la nature fait un grand retour dans son œuvre. On s’amuserait presque à voir dans Le Soir à l’Hôtel du Palais, peint en 2004, une grandiose marine. Cependant, à y mieux regarder, ce n’est pas la vue d’une plage qu’il propose mais bien une immersion totale dans les éléments, abolissant la frontière entre air et eau. Il ne faut pas retenir les choses qui lui servent de prétextes – bonsaïs, poissons, orchidées – mais ce que son œil et sa main d’artiste en font, la transformation qu’il leur fait subir pour une renaissance épurée. " (…).

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de VILLEPIN Dominique, 2012

de VILLEPIN Dominique, extrait de « Dans le labyrinthe des lumières », in Zao Wou-Ki. Œuvres 1935-2010, Éditions Flammarion, Paris, 2012 (pp. 20-21).

(…) "Où donc est Zao Wou-Ki ? Le voyageur d’Orient est introuvable. À mi-chemin ? Non, il avance dans les failles, les interstices, dans l’impensé du monde, dans le monde dépouillé d’avant les traditions mais avec leurs armes, avec leurs yeux. Un monde rupestre où il convoque le monde d’en-haut et où il fait surgir une nouvelle lumière.

Zao Wou-Ki n’est pas un intervalle de temps. Ni un jalon d’une histoire de la peinture. Il se coule mal dans les écoles et dans les engouements, traçant sans cesse son propre sillon. Il n’est pas de l’étoffe du temps, il est de la matière de l’espace. C’est pourquoi il est illusoire de vouloir l’aborder dans le déroulement de dates d’une biographie. Il faut plutôt le débusquer dans ces espaces infinis, tantôt sereins, tantôt effrayants où il se réfugie. Dans ce lieu informe de la Création du monde." (…).

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