MICHAUX, Henri, extrait de la plaquette de l’exposition Zao Wou-Ki à la Cadby-Birch Gallery de New York, 1952.

Texte écrit pour la plaquette de l’exposition Zao Wou-Ki à la Hanover Gallery de Londres, 1952, traduit en anglais par Sylvia Beach.

[…] "Aussi la légèreté de Zao Wou-Ki ne saurait sans confusion se comparer à telle autre de chez nous. Lorsque nous lui voyons une technique proche de celle d’un artiste occidental moderne, il n’en suit pas moins son chemin chinois, semblable au murmure de sa langue maternelle, chemin qui délivre de l’autorité.  Les traits fins de son dessin en zig-zag, confondant multiplement les buissons, les barques et les hommes, semblent avoir été tracés derrière la trame inégale d’un rideau. Infidèlement exacts, ils rendent le paysage sans le suivre, et avec de menues intrications semblables à des brindilles, font s’animer les lointains. S’il lui arrive de peindre un vase, celui-ci plutôt que mâlement campé ou définitivement modelé, semble avoir été lentement, incomplètement parcouru par la patte griffue d’un scarabée et reconstitué, non tant par l’artiste que par la collaboration d’un coléoptère hésitant. Montrer en dissimulant, briser et faire trembler la ligne directe, tracer, en musant, les détours de la promenade et les pattes de mouche de l'esprit rêveur, voilà ce qu'aime Zao Wou-Ki, et, tout à coup, avec le même air de fête qui anime campagnes et villages chinois, le tableau apparaît, frémissant joyeusement et un peu drôle dans un verger de signes".

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