• Musée de l'Hospice Saint-Roch (map)
  • Rue de l'Hospice Saint-Roch
  • Issoudun, Centre-Val de Loire, 36100
  • France

L'autoportrait des amitiés. La collection Zao Wou-Ki

Henri Michaud, Sans titre, 1964. Encre sur papier, 64 x 102 cm.. Monogrammé "HM" en bas à droite. Musée de l'Hospice Saint-Roch, Issoudun. Inv. 2015.8.50. Zao Wou-Ki collectionneur / Collection du Musée de l'Hospice Saint-Roch. Donation Fondation Zao Wou-Ki © Photographe Antoine Mercier © ADAGP, Paris, 2016.

Il est des musées aux richesses insoupçonnées ! Sait-on la richesse du Cabinet des dessins du musée Bonnat-Helleu à Bayonne, musée fermé depuis avril 2011 suite à d'importants désordres au niveau de la toiture et de la verrière ? Sa réouverture, après sa rénovation et enfin son agrandissement, est prévue en 2019. Issu de la collection de Léon Bonnat, ce cabinet est riche de neuf Léonard de Vinci, six Michel-Ange et huit Raphaël.

Sait-on la richesse du musée de l'Hospice Saint-Roch à Issoudun suite à la donation de la collection personnelle de Zao Wou-Ki (Pékin 1920 - 2013 Nyon, Suisse) par sa veuve Françoise Marquet-Zao, actée en octobre 2015, soit 90 œuvres, de Pierre Alechinsky à deux peintures art aborigène d'Australie. Soit 56 artistes. Il se voit enrichi d'un seul coup, de dix œuvres d'Henri Michaux (1899-1984), 1/10 de la collection de Zao Wou-Ki, signe fort d'une amitié qui dura jusqu'à la mort du poète-écrivain-artiste. Cette institution issoldunoise devient aujourd'hui l'un des plus importants musées détenteurs d'huiles et de dessins d'Henri, de cette amitié indéfectible remontant à 1949, alors qu'ils ne se connaissaient pas et que l'écrivain rédigeait spontanément un texte sur huit lithographies de Wou-Ki qu'il avait vues.

Deux cimaises sont consacrées à Michaud - Sans titre (1946), huile sur toile est présentée sur un autre mur -, de 1946 à 1980-1981 dont une Écriture mescalinienne (1956), comme une mise en exergue, une confrontation directe avec des toiles et des encres de Zao de 1951 à 2008, en partie inédites, présentées en dialogue avec la donation. Identique enrichissement avec les deux sculptures et le dessin double-face du suisse Robert Müller, un peu oublié, qui fut le mari de Myriam Prévôt, co-directrice de la Galerie de France où Zao exposa après l'avoir été à la galerie Pierre [Loeb]. Issoudun devient le premier musée français comptant le plus d'œuvres de cet artiste dans ses collections. "Cette donation montre une histoire de l'art inconnue "comme le souligne Sophie Cazé "et permet de faire revivre des artistes". Depuis, un ensemble de 145 gravures de cet artiste a été offert. Ces deux sculptures sont les seules avec Sans titre (1979) d'Albert Féraud et le marbre d'Etienne Hadju Sans titre (1955) figurant dans la collection de Zao, la particularité de cette collection étant le peu de dessins de sculpteurs : deux d'Alberto Giacometti et un d'Eduardo Chillida. 

Vue de l'exposition Zao Wou-Ki collectionneur, musée de l'Hospice Saint-Roch, Issoudun. À gauche Zao Wou-Ki, Sans titre, 2007. Encre de Chine et lavis d'encre sur papier marouflé sur toile, 72 c 213, 5 cm.. Musée de l'Hospice Saint-Roch, Issoudun. Don de l'artiste, 2008 (inv. 2008.7.1). À droite Zao Wou-Ki Hommage à Françoise, 23.10.2003 - Triptyque, 2003. Huile sur toile, 195 x 324 cm. © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, visite presse, 2016

Pourquoi Issoudun a-t-il reçu cette incroyable donation ? Les antécédents familiaux de Françoise Marquet-Zao dans cette région. L'exposition en 2008, dans cette même institution, d'encres de Chine et d'aquarelles, de 1954 à 2008, à la suite de laquelle Zao offrit l'immense encre de Chine et lavis Sans titre (2007). La personnalité si communicative de Sophie Cazé aussi, n'en doutons pas. C'est avec l'encre de 2007, le tryptique Hommage à Françoise [Marquet-Zao] 23.10.2003 (2003) et la photographie de l'artiste âgé de 86 ans offerte par Jean-Baptiste Huynh dès qu'il sût l'organisation de cette exposition, que "l'on entre dans la donation" précise Yann Hendgen, ancien assistant de Zao. Les toiles de cet "homme des deux rives" illustrent cette place entre les deux, pour celui qui ne fut jamais un artiste chinois, jamais un artiste français, toujours dans un balancement entre l'Est et l'Ouest depuis son arrivée en France en 1948. 

Cette donation Zao Wou-Ki est un tout, indissociable, comme un sorte de portrait chinois. Dis moi ce que tu collectionnes et je te dirai qui tu es. L'immense majorité des œuvres fit l'objet d'échanges entre Zao et d'autres peintres, une toile contre une autre, lors de dîners, de vernissages, de rencontres. Il faut s'imaginer le peintre quittant l'atelier de Pierre Soulages, d'André Marfaing ou de Jean-Michel Meurice après un échange. "Ainsi se constitue une collection de partages qui va se développer tout au long de la vie de Zao Wou-Ki. [...]. Non seulement ces œuvres représentent de forts signes d'amitié et de confiance, mais elles sont aussi les traces stimulantes de la quête esthétique et personnelle de chacun" souligne Gilles Chazal dans le catalogue. Incluse dans ce parcours, une des rares œuvres acquises - comme le furent celles de Claire Illouz, François-Marie Anthonioz, Antonin Artaud - Alte Inschrift de Paul Klee (1919), une encre de cet artiste suisse achetée en 1951 dans une galerie bâloise. Le choc de cette rencontre avec Klee lors de son séjour en Suisse lui fait comprendre que la représentation ne passe pas obligatoirement par celle-ci, l'abstraction de la réalité est possible dans l'intégration de signes dans les compositions puis la disparition de ceux-ci au profit de la couleur. 


Pierre Soulages, Sans titre, 1951. Gouache sur papier, 65 x 50 cm.. Signé et daté "51" en bas à gauche. Contresigné et daté "1951" au dos du cadre. Musée de l'Hospice Saint-Roch, Issoudun. Inv. 2015.8.76. Exp : 1967, Paris, France, musée national d'Art moderne, Pierre Soulages, cat. n°18, non reproduit (étiquette au revers). Zao Wou-Ki collectionneur / Collection du Musée de l'Hospice Saint-Roch. Donation Fondation Zao Wou-Ki © Photographe Antoine Mercier © ADAGP, Paris, 2016.
 


Joan Mitchell, Sans titre, vers 1959-1962. Huile sur toile, 46 x 38 cm.. Signé en bas vers le centre. Contresigné sur le châssis de l'oeuvre. Musée de l'Hospice Saint-Roch, Issoudun. Inv. 2015.8.55. Zao Wou-Ki collectionneur / Collection du Musée de l'Hospice Saint-Roch. Donation Fondation Zao Wou-Ki © Photographe Antoine Mercier © ADAGP, Paris, 2016.
 

Le musée présente en un accrochage sensible, vivant, serré, par correspondance et par proximité, dynanique, sur des murs saturés comme chez un collectionneur les œuvres de la donation; certaines ont gardé leur encadrement paraissant daté mais qu'importe. C'est un tout, indissociable, une unité, un dialogue d'échanges, des petits formats qui racontent plus que de grands. Ce que fut la peinture entre la fin de la guerre et les années 1970, ce que fut l'abstraction, comme un cours d'histoire de l'art entre artistes français ou vivants en France, la vivacité de la scène artistique parisienne. La présence très forte des artistes anglo-américains est une des caractéristiques de cette collection avec James Brooks, Joan Mitchell ou Mark Tobey, tel un signe de l'importance des États-Unis où il se rendit plusieurs fois et exposa chez Koots Gallery à New York. L'exposition permet la confrontation physique, lorsque ceci est possible, entre la toile de Zao et celle offerte. Ce dialogue est particulièrement remarquable entre l'atypique Zao Sans titre (1958), toile toute dans la verticalité de ses noirs qu'il échangea contre l'atypique et inhabituel lui aussi Mario Prassinos Sans titre (1957), toile horizontale, toute dans les diagonales de ces noir, marron et blanc. Comme si chacun d'eux avait trouvé chez l'autre "le merle blanc" de sa production picturale. Ce Prassinos est une des pépites de cette collection.

"J'aime mes amis comme je soigne chaque matin, à l'heure du petit déjeuner, en buvant du thé, les bonsaïs, orangers et orchidées de ma salle à manger, s'exprimait ainsi en 1988 Zao, "ces amis, rencontrés dès 1949, dans la fidélité réciproque, m'ont aidé à m'enraciner dans ce pays, au point de ne plus penser retourner vivre en Chine". Partez à la recherche de cette amitié en embrasant la collection de Zao Wou-Ki, un magnifique cadeau pour ce musée d'Issoudun riche en œuvres de Léonor Fini, Fred Deux, Cécile Reims, Brigite Terziev, Anton Prinner et du fonds de l'atelier du lithographe Jean Pons. Entre autres.  

Gilles Kraemer

Zao Wou-Ki collectionneur

17 juin - 30 décembre 2016

Musée de l'Hospice Saint-Roch - 36105 Issoudun

Politique dynamique de la ville d'Issoudun avec l'accès gratuit au musée et aux expositions

Internet https://www.museeissoudun.tv/expositions-actuelles.html

Également, dans ce musée d'Issoudin, exposition Valerio Adami. De la ligne à la couleur. Commissariat de Patrice Moreau. Catalogue. 18 mai - 11 septembre 2016

Zao Wou-Ki : une donation exceptionnelle. Douze dessins de 1947 à 1949, quatre céramiques vers 1954 & quatre porcelaines de Limoges peintes en 2005, six encres de Chine de 1970 à 2005. Huit bronzes de 1550 av. J.-C. à 9 apr. J.-C., deux céramiques de la dynastie Yuan et un jade de la dynastie Qing de sa collection.

24 juin - 23 octobre 2016

Musée Cernuschi - Paris

Internet http://www.cernuschi.paris.fr/

Catalogue. Zao Wou-Ki, l'homme des deux rives. Ouvrage collectif indispensable sur les donations Zao Wou-Ki au musée de l'Hospice Saint-Roch d'Issoudun (texte de Sophie Cazé Elle me rend heureux (la peinture)) et au musée des Arts de l'Asie de la ville de Paris - Cernuschi (texte d'Éric Lefebvre Sous le signe de Mi Fu, Zao Wou-Ki et sa collection d'objets chinois). 296 pages, 200 illustrations. Biographie, liste non exhaustive des salons et biennales, des expositions dans des musées ou des galeries auxquels participèrent Zao et les artistes de sa collection - 1948-1975. Éditions Flammarion. Prix 49 euros, relié.