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CRITIQUE - Paris a rendez-vous avec un grand peintre tout en bourrasques de couleurs et en souffle musical. Ses très grands formats empruntent à l'expressionnisme abstrait américain. La calligraphie chinoise y faufile ses signes. Les maîtres français y retrouveraient leur palette.

En 1935, Zao Wou-Ki entre à l'École des beaux-arts de Hangzhou, à 200 kilomètres au sud-ouest de Shanghaï, académie réputée en Chine pour son enseignement moderne. Ce jeune homme est beau comme un dandy de la Riviera, avec sa lavallière et son pantalon à pinces. Son élégance raffinée lui est propre. Elle demeurera toute sa vie, comme l'attestent ceux qui le voyaient attendre discrètement sa dernière épouse, Françoise Marquet, alors jeune conservatrice du Musée d'art moderne de la Ville de Paris.


Zao Wou-Ki est né le 1er février 1920 à Pékin, il sera l'aîné d'une fratrie de sept enfants. Son père est banquier. Son ascendance se targue de remonter à la dynastie Song (Xe-XIIIe siècle après J.-C.). Son éducation est donc celle d'un privilégié, nourri de littérature et de poésie, de calligraphie et de dessin. Son prénom, Wou-Ki, veut dire «sans limite». Cela fait beaucoup de fées sur son berceau.


Un lettré avide d'art. Un étranger bienvenu au moment où Paris essaie de résister à l'Amérique qui lui a fauché sa primauté de capitale des arts. Un pionnier de la scène globalisée.


Le Zao Wou-Ki que le Musée d'art moderne de la Ville de Paris célébrera pendant plus de six mois est un grand peintre français (1920-2013). Un lettré avide d'art. Un étranger bienvenu au moment où Paris essaie de résister à l'Amérique qui lui a fauché sa primauté de capitale des arts.


Un pionnier de la scène globalisée que la planète art croit dater d'aujourd'hui. Il voyage partout, il regarde, il écoute, il absorbe, il transforme, il fait sien ce qui est autre (de l'Hommage à Henri Matisse I, 1986, à l'Hommage à Claude Monet - Février-juin 91-Triptyque, 1991). Lorsqu'il vient en France en 1948, après avoir attendu deux ans pour obtenir son visa, il ne pense y rester que deux ou trois ans. Il s'installe à Montparnasse, fréquente la Grande Chaumière, étudie aux Beaux-Arts, arpente le Louvre, francise son nom chinois T'Chao en Zao: sa signature sur ses très grands formats inspirés par l'expressionnisme abstrait est un mélange étonnant d'idéogrammes et d'alphabet. Un dessin entre trois mondes.


À Paris, il côtoie Pierre Soulages, Hans Hartung, Jean-Paul Riopelle, Joan Mitchell. D'Est en Ouest, toutes ces influences se rencontrent. Sam Francis et Maria Helena Vieira da Silva. L'amitié et la solidarité entre ces artistes parlent d'un autre temps, comme l'a souligné Jean-Marc Bustamante dans son discours à l'occasion de son installation à l'Académie des beaux-arts au fauteuil de Zao Wou-Ki, le 23 mai dernier.


Voici un peintre à l'expression nouvelle, à la fois énigmatique et immédiatement reconnaissable, où la couleur s'anime comme un être vivant (de Traversée des apparences, 1956, tourbillon de signes et tempête de sable, à 31.01.63, 1963, où l'océan semble charrier des êtres fuyants). En quarante très grands formats, voici son legs qui balaie les mondes et les catégories. Zao Wou-Ki ne se reconnaissait pas dans le terme «art abstrait». La musique, sa mathématique, l'écriture, ses codes, servent de toile à sa sensualité.


«Zao Wou-Ki, L'espace est silence», Musée d'Art moderne de la Ville de Paris. Entrée provisoire  pendant travaux,  côté Seine: 12-14,  av. de New York (XVIe). Tél.: 0153 6740 00. Horaires: mar. au dim.,  de 10 h à 18 h.  Jusqu'au 6 janvier. Cat.: «Zao Wou-Ki, l'espace est silence»  (éd. Paris Musées, 35 €).  «Entretiens avec  Zao Wou-Ki», 1986,  France Culture  (podcast sur site de France Culture).


http://www.lefigaro.fr/arts-expositions/2018/06/07/03015-20180607ARTFIG00034-zao-wou-ki-d-est-en-ouest-au-musee-d-art-moderne-de-la-ville-de-paris.php