Exposition en cours  01.09.2022 - 31.01.2023

Actualité des expositions temporaires – Septembre 2022 – Janvier 2023

Le Musée de l’histoire de l’immigration ouvre cet automne (27 septembre 2022 – 22 janvier 2023) l’exposition temporaire, « Paris et nulle part ailleurs ». Dédiée aux artistes étrangers venus étudier, travailler ou s’installer à Paris après la Seconde guerre mondiale, elle entend démontrer que, malgré l’attractivité croissante de New York dans les années 1950, c’est encore dans la capitale française que choisissent de se former et de créer à cette période de nombreux artistes et intellectuels du monde entier, formant un foyer d’avant-gardes qui va révolutionner l’histoire de l’art.

Le parcours se développe en plusieurs thèmes, couvrant la période de 1942 à 1975. Sont alors abordés l’exil, la découverte et l’adaptation à un monde nouveau, de même que le quotidien parfois difficile de ces artistes confrontés à une ville rêvée mais encore inconnue. Découvrant de nouvelles méthodes, matières et techniques, les peintres, dessinateurs et sculpteurs étrangers composent leur langage artistique au contact des milieux culturels locaux, à Montparnasse ou à Saint-Germain-des-Prés.

Vingt-quatre artistes et plus d’une centaine d’œuvres sont présentés au sein de cette exposition. Venant du Portugal (Maria-Helena Vieira da Silva), du Sénégal (Iba N’Diaye), du Japon (Tetsumi Kudo) ou encore de Chine (Zao Wou-Ki), ceux-ci ont pour point commun leur terre d’accueil, source d’inspiration infinie. 

Musée national d’art moderne - Salles 26 et 29 : Zao Wou-Ki et Frédéric Benrath. Droits réservés

Zao Wou-Ki, Vent, huile sur toile, 1954, 195 x 97 cm, Musée national d’art moderne, Paris

Musée national d’art moderne - Salles 26 et 29 : Zao Wou-Ki et Frédéric Benrath. Droits réservés

Carte de migration des artistes basés à Paris. Courtesy Dossier pédagogique, Palais de la Porte Dorée

Arrivé à Paris en 1948, où il reste pendant plus de soixante ans, Zao Wou-Ki, par son histoire, s’intègre pleinement au sein de ce parcours rétrospectif. Abandonnant la Chine où il se sent enfermé dans une tradition, Zao Wou-Ki découvre en France de nouvelles manières de peindre. S’il réfute pour un temps son apprentissage chinois, il intègre bientôt des signes archaïques au sein de compositions toutefois bien loin des « chinoiseries » qu’il rejette à tout prix. Confronté aux mouvements d’abstraction, il créé un langage artistique unique au carrefour des cultures chinoise et occidentale. Zao Wou-Ki participe ainsi activement au renouveau artistique qui s’opère à Paris dans les années 1950, se liant aussi d’amitié avec ceux qui, comme lui, ont abandonné leur pays d’origine pour la Ville des Lumières. Mettant en évidence des thématiques on ne peut plus contemporaines comme l’immigration, la confrontation et le mélange des cultures, cette exposition révèle l’apport considérable de ces échanges artistiques et humains. 

La Tate Modern à Londres propose quant à elle un nouvel agencement de ses expositions permanentes. Au sein d’un parcours intitulé « In the studio », le spectateur est amené à réfléchir sur la relation entre les œuvres d’art et l’individu, que cela soit à travers la figure du créateur, l’espace de son atelier ou encore la question de la perception. Déclinée en douze salles thématiques (« Studio Practice », « International Surrealism », « Gerhard Richter »…) et ponctuée d’éléments d’archives, cette exposition cherche à poser un nouveau regard sur les collections de la Tate Modern.

C’est sous la thématique « The Disappearing Figure : Art After Catastrophe » qu’est présentée l’œuvre de Zao Wou-Ki, Avant l’orage (1955, huile sur toile, 72,5 x 53,5 cm, achat en 1958). Suivant l’objectif de révéler l’impact de la Seconde guerre mondiale dans le milieu artistique, cette salle démontre les tentatives entreprises par les artistes pour répondre aux préoccupations sociales et politiques de l’après-guerre. Qu’ils s’inspirent de l’art archaïque extra-européen ou des dessins d’enfant (Karel Appel, Hiep, hiep, hoera !, 1949, huile sur toile, achat à l’aide d’Evelyn, des Fonds de Lady Downshire et du Gytha Trust, 1988), qu’ils expérimentent de nouveaux matériaux industriels ou naturels (Kim Ku-lim, Death of Sun I, 1964, huile et plastique sur bois contreplaqué, achat à l’artiste grâce aux fonds fournis par le Comité d’acquisition Asie-Pacifique 2016), qu’ils dépeignent la figure humaine ou qu’ils laissent place à l’abstraction (Barnett Newman, Moment, 1946, huile sur toile, présenté par Mme Annalee Newman, veuve de l’artiste, en l’honneur de la direction de Sir Alan Bowness, 1988), ces artistes interrogent le monde fragilisé dans lequel ils évoluent. 

Musée national d’art moderne - Salles 26 et 29 : Zao Wou-Ki et Frédéric Benrath. Droits réservés

Zao Wou-Ki, Avant l’orage, huile sur toile, 1955, 72,5 x 53,5 cm, Tate Modern, Londres

Par ses tons sombres, dominés de noir, la toile de Zao Wou-Ki exprime cette inquiétude face à l’inconnu, tant sur le plan intime que sociétal. Présentant des signes qui évoquent les caractères archaïques de sa Chine natale, cette œuvre est le témoin de la recherche personnelle de Zao Wou-Ki au sein d’un monde artistique en mutation.

La Société Générale présente cet automne (30 juin 2022 – 31 janvier 2023) l’exposition « Sous le motif. Les structures de l’abstraction ». A travers la présentation de plus de soixante-dix œuvres provenant de la Collection d’Art Société Générale et de prêts exceptionnels, elle retrace les dernières décennies de l’art abstrait, de l’après-guerre à aujourd’hui. Mélangeant techniques et supports (peintures, sculptures, dessins, installations, etc.), ce parcours démontre la diversité de l’abstraction et de ses représentants, explorant dans un même temps les imaginaires singuliers de chaque artiste. 

La toile de Zao Wou-Ki présentée dans ce parcours, 19.10.76, fait partie de la Collection de la Société Générale (huile sur toile, 1976, 85 x 70 cm, achat en 1996). Aux côtés d’œuvres d’Ann Veronica Janssens, d’Aurélie Nemours ou encore de Takis, elle propose une réponse à ce questionnement de notre rapport au monde et à ses images que cherche à mettre en évidence cette exposition menée par le commissaire Matthieu Poirier.

Musée national d’art moderne - Salle 26 : Jean Fautrier, Germaine Richier, Francis Bacon et Zao Wou-Ki. Droits réservés

Zao Wou-Ki, 19.10.76, huile sur toile, 1976, 85 x 70 cm, Société Générale, Puteaux

Cet automne (17 octobre – 23 décembre) s’ouvre également à la galerie Thaddeus Ropac dans le Marais à Paris une nouvelle exposition consacrée à l’artiste américain Robert Longo : « The New Beyond ». Travaillant exclusivement au fusain depuis plusieurs années, Longo reproduit dans cette série des œuvres emblématiques de l’art européen d’après-guerre, telles que celles de Piero Manzoni, Yves Klein, Zao Wou-Ki ou encore Pierre Soulages.

Particulièrement sensible aux évènements politiques et sociaux qui bouleversent les XXème et XXIème siècles et aux médias qui les diffusent, Robert Longo se fait connaître à travers sa participation au mouvement « Pictures Generation » qui, par la photographie, la peinture ou la performance, cherchait à critiquer et dénoncer les effets du capitalisme et des médias aux Etats-Unis – une préoccupation que l’on retrouve dans ses travaux récents, comme dans sa série The Destroyer Circle de 2014. 

La revisite de peintures issues de l’Expressionnisme Abstrait en 2014, puis, en 2022, d’œuvres issues des mouvements d’après-guerre, participe à la volonté de l’artiste américain de questionner l’importance et l’influence de ces artistes sur l’art contemporain, mais aussi sur notre monde et la place qu’y occupe l’image. En effet, en même temps qu’un hommage rendu aux artistes qu’il admire, cette série repousse les limites du fusain en tant que médium, permettant de rendre compte de la technique, de la pixellisation ou de la matière de l’œuvre originale en en changeant le format. Longo interroge par ce biais notre relation à l’image et la manière dont elles participent, aussi, à la définition de notre temps. 

Musée national d’art moderne - Salle 29 : Zao Wou-Ki et Pierre Soulages. Droits réservés

Zao Wou-Ki, 10.03.74 -Nous deux encore, huile sur toile, 1974, 280 x 400 cm, Fukuoka Art Museum, Fukuoka, Japon

Musée national d’art moderne - Salles 26 et 29 : Zao Wou-Ki et Frédéric Benrath. Droits réservés
Robert Longo, Untitled (after Zao Wou-Ki; Still Two of Us – 10.3.74), fusain sur papier, dans l’exposition « Robert Longo. The New Beyond », Galerie Thaddaeus Ropac, Paris. Droits réservés

Réalisée après la mort de sa femme May, empruntant le titre d’un poème d’Henri Michaux lui-même dédié à son épouse défunte, l’œuvre de Zao Wou-Ki 10.03.74 – Nous deux encore (1974, 280 x 400 cm, Fukuoka Art Museum, Fukuoka, Japon) que transpose Longo témoigne de la libération par le geste, un travail de grande ampleur qui aura sans doute séduit l’artiste américain, adepte des formats imposants.