de VILLEPIN Dominique, 2015

de VILLEPIN Dominique, extrait de « La lumière et le souffle », in Zao Wou-Ki et les poètes, Éditions Albin Michel, Paris, 2015 (p. 14).

(…) "Zao Wou-Ki avait le don de l’amitié, l’art de refuser les clans et les coteries, de se placer d’emblée hors de tout rapport de force dans la vérité de l’humain, dont témoignait l’étreinte vigoureuse de son rire. Trois talents rares étaient réunis en une personne, pouvoir admirer, savoir choisir et aimer partager, qui lui ont ouvert la voie de sa vie d’homme, lui arrivé dans une ville rêvée de loin où se parlait une langue inconnue. Comment a-t-il fait pour toujours se lier avec les meilleurs, dès son arrivée à Paris ? À cette question émerveillée de Françoise il répond par un mystère joyeux. Mais quelle assurance pour nouer des amitiés avec les plus brillants, à l’heure où personne encore ne les connaît ! Peintres comme Sam Francis, Jean-Paul Riopelle, ou Norman Bluhm mais aussi musiciens comme Edgar Varèse, poètes ou médecins. Non, personne mieux que lui n’a su admirer. Qu’il faut de tranquille assurance pour ne pas sombrer dans la comparaison ! Il fallait le libre enracinement d’un déraciné, quelqu’un qui sait d’où il vient, mais qui, au loin, doit se métamorphoser, se réinventer, se trouver. Admirer c’est trouver en l’autre ce qui peut nourrir sa conception de l’humanité. C’est accepter de se métamorphoser au contact de l’autre pour s’en enrichir. La force de l’admiration ouvre l’éventail de l’échange. Combien des poètes illustrés par Zao Wou-Ki auraient reconnu immédiatement dans ce mot leur sentiment à l’égard du peintre, à l’instar de Char, soulignant son « amitié admirative »." (…).

orange dot   Retour sur la liste

HENDGEN Yann, 2013

HENDGEN Yann, extrait de « L’infinie complexité d’un bleu dans le minuscule reflet d’une feuille sur l’eau », in Zao Wou-Ki. Couleurs et mots, Éditions Le Cherche midi, Paris, 2013 (pp. 95-99).

(…) "Les textes sur la peinture de Zao Wou-Ki des années 2000 sont peu fréquents. La critique dans son ensemble a souvent cantonné Zao Wou-Ki dans ce qui a été appelé de manière assez artificielle la « seconde École de Paris ». La compréhension de son œuvre s’est ainsi longtemps fondée uniquement en référence à la période phare des années 1950 à 1970. Les peintures des années 1980 ont été largement pensées comme un prolongement de cette période, presque une conclusion. Puis c’est toute une génération d’artistes, et donc leurs créations, qui a été mise de côté, comme si leur peinture était déjà accomplie et leur apport à l’histoire de l’art terminé. (…).

Et quand, en 2008, il décide de ne plus peindre à l’huile, c’est une décision sans retour. Il refuse dès lors de monter dans son atelier. Cet espace, qu’il a fait créer de toutes pièces au début des années 1960 puis moderniser dans les années 1990, perd sa raison d’être. Il disparaît pour lui. C’est aussi parce qu’il a donné à la peinture une dimension nouvelle. À l’instar des impressionnistes, il a choisi de "planter son chevalet" dans la nature. Et ce renversement s’est fait jour dès le milieu des années 2000. (…).

Désormais, la nature fait un grand retour dans son œuvre. On s’amuserait presque à voir dans Le Soir à l’Hôtel du Palais, peint en 2004, une grandiose marine. Cependant, à y mieux regarder, ce n’est pas la vue d’une plage qu’il propose mais bien une immersion totale dans les éléments, abolissant la frontière entre air et eau. Il ne faut pas retenir les choses qui lui servent de prétextes – bonsaïs, poissons, orchidées – mais ce que son œil et sa main d’artiste en font, la transformation qu’il leur fait subir pour une renaissance épurée. " (…).

orange dot   Retour sur la liste

de VILLEPIN Dominique, 2012

de VILLEPIN Dominique, extrait de « Dans le labyrinthe des lumières », in Zao Wou-Ki. Œuvres 1935-2010, Éditions Flammarion, Paris, 2012 (pp. 20-21).

(…) "Où donc est Zao Wou-Ki ? Le voyageur d’Orient est introuvable. À mi-chemin ? Non, il avance dans les failles, les interstices, dans l’impensé du monde, dans le monde dépouillé d’avant les traditions mais avec leurs armes, avec leurs yeux. Un monde rupestre où il convoque le monde d’en-haut et où il fait surgir une nouvelle lumière.

Zao Wou-Ki n’est pas un intervalle de temps. Ni un jalon d’une histoire de la peinture. Il se coule mal dans les écoles et dans les engouements, traçant sans cesse son propre sillon. Il n’est pas de l’étoffe du temps, il est de la matière de l’espace. C’est pourquoi il est illusoire de vouloir l’aborder dans le déroulement de dates d’une biographie. Il faut plutôt le débusquer dans ces espaces infinis, tantôt sereins, tantôt effrayants où il se réfugie. Dans ce lieu informe de la Création du monde." (…).

orange dot   Retour sur la liste

ALECHINSKY Pierre, 2009

ALECHINSKY Pierre, « Rire jamais loin », préface du catalogue de l’exposition Zao Wou-Ki – Entre ciel et terre. Aquarelles et encres de Chine à la Fondation Folon à La Hulpe, Éditions La Pierre d’Alun, Bruxelles, 2009 (pp. 5-6).

"Sur une réplique renversante, Wou-Ki entre et sort de mes Souvenotes. La scène évoque à distance - de lieu, de temps - l’image et son double. Plutôt le réel et son leurre. Avatars d’une mémoire visuelle qui feraient peut-être la page promise à mon vieil ami peintre pour sa prochaine exposition… Mais vérifions d’abord la teneur du souvenir et surtout je ne sais quel catalogue où ses peintures sont confrontées, ça m’avait frappé, à de somptueuses photos de montagnes chinoises. J’enquête. Son archiviste m’envoie des photocopies. Allons bon ! elles ne correspondent ni au souvenir ni à ce que je (à la troisième personne) notais en 1977. (…).

À des dizaines d’années du rire de Wou-Ki, l’imagerie ne présente aucun effet de miroir. Le paysage corse n’a pas joué les remplacements. Le paysage est bel et bien de l’autre bout du monde. Des photos de Chine prises par Agnès Varda.

Pourquoi diable l’archiviste n’a-t-il pas retrouvé le souvenir que je gardais en porte-à-faux ? (…).

Ce rire - corse ou chinois - fut aussi convaincant qu’un geste juste, augmenté d’un pinceau.

Aujourd’hui je visionne Rouge très très fort, court métrage de Richard Texier où l’on voit Wou-Ki, sans souci de la caméra, se pencher du haut de son grand âge sur une feuille de papier allongée au sol.

Main-tenant  le pinceau !

 Il chante, prenant possession de cette blancheur vierge. J’écoute sa voix d’encouragement, d’accompagnement rauque. Mi-cri mi-bruit.

Peinture gutturale au rythme de la respiration. Temps limite dont le sage parfois dispose. Toute sa jeunesse remonte des profondeurs et se réfugie sur la feuille blanche."

orange dot   Retour sur la liste

DAGEN Philippe, 2008

DAGEN Philippe, extrait de « Passage de la couleur », catalogue de l’exposition Zao Wou-Ki. L’encre, l’eau, l’air, la couleur. Encres de Chine et aquarelles 1954-207 au Musée de l’Hospice Saint-Roch d’Issoudun, Éditions Albin Michel, Paris, 2008 (pp. 16-19).

(…) "Évoquer un « moins de monde », c’est cela : suggérer qu’une aquarelle de Zao Wou-Ki, comme ses encres,  a le pouvoir subtil de délier pour un moment les liens étroits qui retiennent chaque homme d’aujourd’hui dans le « système des objets », dans l’empire de la production et de l’utilité. Il y a là un effet bénéfique. Parce que l’artiste est chinois, parce qu’il est demeuré proche de cette civilisation pour lui originelle, il est tentant de comparer cette vertu de ses œuvres à celle que les lettrés et philosophes attribuaient, par exemple, aux pierres de formes et de couleurs étranges : les observant, ils s’écartaient du monde qui leur était contemporain, de ses affaires, de ses évènements. Elles leur offraient l’occasion de prendre du champ, d’échapper à la pesanteur : pour peu que l’on prenne le temps de subir leur influence, les œuvres de Zao Wou-Ki peuvent à leur tour permettre de telles évasions." (…).

[La] découverte [de ses aquarelles les plus récentes] est une complète surprise : avait-on auparavant vu l’artiste aller si loin dans l’explosion et la projection des formes ? Se défaire de tout principe de composition et s’aventurer vers une sorte de « all over », où la surface blanche devient l’espace vide où s’entrecroisent et dansent des taches et des linéaments de couleurs ? Ou pousser la fluidité jusqu’au point où c’est à l’immersion que l’œuvre incite, à une longue plongée et au lent glissement le long des courants comme sous-marins dont l’aquarelle se fait la carte énigmatique ?

Quand le rouge règne, on ne peut s’empêcher d’une sensation plus corporelle encore, celle du battement du sang, celle d’une vie qui se montre sous sa forme la plus immédiate – organique, cellulaire presque. On dirait qu’à force d’expériences et d’ellipses, Zao Wou Ki en est arrivé à la formulation la plus brève et la plus immédiate de son existence même, à sa vie devenue couleurs et gestes. On dirait même qu’aux beaux pinceaux, aux brosses méticuleusement nettoyées de son atelier, il lui arrive désormais de préférer les doigts – des tracés digitaux selon le vocabulaire des préhistoriens que l’on ne cite pas ici par hasard - et la projection d’une pluie de gouttes. Dans l’un et l’autre cas, la façon d’agir est la plus simple qui soit, absolument débarrassée de savoir-faire antérieur, d’affèteries stylistiques, de tout souci de virtuosité. Des signes, de simples signes d’un passage, presque comme des traces dans la neige." (...)

orange dot   Retour sur la liste

ABADIE Daniel, 2008

ABADIE Daniel, extrait de « Le passage du vent », catalogue de l’exposition Zao Wou-Ki – Hommage à Riopelle et peintures récentes au Musée national des beaux-arts du Québec à Québec, Éditions Musée national des beaux-arts du Québec, Québec, 2008 (pp. 11-12).

"Un jour de 1959, Zao Wou-Ki cessa de titrer ses toiles. Il décida que, dorénavant, elles seraient identifiées par une simple date, celle de l’achèvement du tableau : c’en était désormais fini des Bateaux en chantier, des Forêt verte et des Paysage au soleil, tout comme il n’y aurait plus dès lors de Début d’octobre ou de Traversée des apparences. C’est que, pour la seconde fois, la peinture de Zao Wou-Ki avait changé. Peu pourtant se rendirent compte de cette nouvelle mutation quand tous avaient reconnu d’évidence la première.

En 1954, le peintre avait en effet renoncé à ces fins signes sténographiés par lesquels il représentait un animal qui court, une femme allongée nue dans le paysage ou une maison parmi les arbres ; d’autres graphies avaient alors pris place dans les tableaux, mais celles-ci ne signifiaient plus le monde et ses objets. Pour le spectateur occidental, elles évoquaient spontanément des suites de caractères chinois, illisibles certes, mais d’évidence lourds de sens. Pour le lettré traditionnel, ces notations n’étaient par contre que vains tracés du pinceau dépourvus de signification, loin de cette tradition de l’encre qui fonde en partie la civilisation chinoise. L’usage même de la peinture à l’huile, étrangère à l’Orient et synonyme de modernité, confortait d’ailleurs pour eux cette lecture.

Par ces signes, ourlant en 1954 la bordure de Vent, où l’écriture semblait s’inventer autrement et qui transformaient en une sorte de stèle l’étroit format vertical de la toile, Zao Wou-Ki marquait indubitablement la double distance où se situerait désormais son œuvre : occidentale aux yeux de la Chine et chinoise au regard de l’Occident, moderne et traditionnelle. (…).

Car bientôt, en effet, les grands signes inscrits dans ces toiles, à la signification aléatoire à l’instar de ceux incisés dans les os divinatoires lorsque s’inventait l’écriture, tracés à la fois fermes et vibrants, tels ceux gravés sur les bronzes anciens admirés par le peintre, devaient eux-mêmes disparaître du tableau avec tout ce qu’ils évoquaient d’un discours univoque. (…) Désormais, la peinture de Zao Wou-Ki, libre parcours dans les grands mouvements et les micro-événements de sa surface, s’appréhende non plus comme la mémoire d’un paysage, identifiable ou évoqué, mais comme la transcription sur la toile d’un jeu de forces contradictoires que le peintre finit par maîtriser par la réalisation du tableau." (…).

orange dot   Retour sur la liste

MARCHESSEAU Daniel, 2007

MARCHESSEAU Daniel, extrait de « Zao Wou-Ki, l’artiste de l’Est sur la montagne de l’Ouest », catalogue de l’exposition Zao Wou-Ki, peintures, œuvres sur papier, céramiques 1947-2007 au Château-Musée de Nemours, Éditions Somogy, Paris, 2007 (p. 21).

(…) " « Si l’on se sert de l’Unique Trait de Pinceau comme mesure, alors il devient possible de participer aux métamorphoses de l’Univers, de sonder les formes des monts et des fleuves, de mesurer l’immensité lointaine de la terre, de jauger les secrets sombres des nuages et des brumes », écrit le poète Shitao. Zao Wou-Ki connaît ses paraphrases sur le paysage. Mais au-delà de sa non-figuration, toile ou papier, la cosa mentale qui illumine en profondeur le dépôt de pigment est d’ordre émergent. Le silence habite le frémissement perceptible de la peau de l’œuvre, vibrant d’une sensualité tactile, invisible et cependant présente comme les lumières diluées de l’aurore. (…).

Hasard bienvenu ? Prédestination ? Fil conducteur ? Principe de création ? L’idéogramme mandarin Wou-Ki signifie « illimité »."

orange dot   Retour sur la liste

FRECHES José, 2007

FRECHES José, extrait de « Le souffle et l’âme » in Zao Wou-Ki – Œuvres, écrits, entretiens, Éditions Polígrafa, Barcelone et Éditions Hazan, Paris, 2007 (p. 14-15).

(…) "A un élève de l’école des beaux-arts de Hangzhou – où il a été invité à enseigner pendant un mois au printemps de 1985 – qui lui demande comment il fait pour peindre ses toiles, Zao Wou-Ki répond sans barguigner :

- Je ne sais pas montrer. Je sais seulement peindre.

Ce propos, typique de celui d’un maître taoïste à son élève, résume mieux que tout autre ce qu’est Zao Wou-Ki ; un artiste entièrement tourné vers la toile qu’il va recouvrir de couleurs – tout de suite, pas demain car demain est un autre jour ! – dans le silence de son atelier où il s’enferme à l’écart du monde. (…)

Au tout début, la toile est vide. C’est ce vide qu’il va falloir remplir, combler, mais aussi, parfois, préserver et réserver. Exalter le vide, combler le vide … Traduire le « non existant » au moyen de formes et de couleurs sur une toile qui, elle, existe bel et bien … une toile – un objet ! – que l’artiste va devoir défier, avec laquelle il va falloir se colleter parfois en la griffant, parfois en la caressant et en lui murmurant des mots doux, telle une femme qu’il faut séduire … une toile qui, à force d’endurer, est également capable de se venger de son « agresseur » en le contraignant à tout gratter et à recommencer son travail, tel Sisyphe et son rocher …

La facilité d’exécution n’est qu’apparente. Ce que l’on croit être le résultat d’un premier jet est en réalité la conséquence de processus itératifs complexes faits de superpositions de couleurs différentes et de repentirs indéfiniment recouverts.

La magie du Sans-Forme – celle du tao lui-même ! -, du vide, de sa richesse, de sa profondeur, de sa complexité, de ses ressorts ultimes, des sensations, des émotions qu’il procure à ses intimes, des faveurs qu’il accorde à ceux qui le connaissent bien parce qu’ils arrivent à se dépouiller de tout et à faire, comme on dit, « le vide dans leur tête », tout cela n’est pas facile à capturer, à consigner, à retracer et à transmettre. (…)."

orange dot   Retour sur la liste

de VILLEPIN Dominique, 2006

de VILLEPIN Dominique, extrait de la préface de Zao Wou-Ki – Carnets de voyages, 1948-1952, Éditions Albin Michel, Paris, 2006 (p. 6-7).

(…) "Comme le poète, Zao Wou-Ki nomme. Lui cependant n’a aucun mot entres ses doigts, aucune parole au bord des lèvres. Mais simplement des traits, des coulées d’encre, qui hésitent entre l’allusion de l’idéogramme chinois et la rigueur de l’alphabet occidental, entre l’eau et le signe. Dans cet écart vient se construire un monde qui lui est propre, et qu’aucun peintre avant lui n’avait exploré, parce qu’aucun peintre n’avait relié entre ses pages les deux pôles d’un même monde. L’Occident, la Chine : deux versants d’un même univers, deux régions d’un même esprit parti d’une rive étrangère pour rejoindre son fleuve natal. Ici : les versants abrupts des Alpes, tracés d’un trait de pinceau en forme de rectangle, à la manière de Paul Klee, et qui s’entrecroisent en dents de scie jusqu’à dessiner l’épine dorsale d’un monstre des profondeurs. Là-bas : les collines et la neige, qui escaladent doucement le ciel dans un bouillonnement de blanc, de gris et de bleu pour se confondre avec lui. Deux visions du monde s’observent et se contemplent, elles s’estiment, se jaugent et dialoguent, comme pour mieux approcher une vérité propre à chacune.

Alors grandit une rencontre. Ce sont deux mains qui se tendent par-dessus les océans, les déserts et les steppes, ce sont deux regards qui se croisent. Ce sont deux âges qui se parlent, celui de l’enfance alerte et celui de la très grande vieillesse, quand le souffle devient court et que le regard s’embrume. Les premières inscriptions des coquillages, des fleurs, des poissons dans le calcaire viennent murmurer à l’oreille abstraite des derniers peintres. En quelques marques de plume, au passage humide de son pinceau, Zao Wou-Ki rassemble l’héritage de la peinture et son désir forcené de donner à voir et à comprendre. (…)."

de

orange dot   Retour sur la liste

DELAY Florence, 2005

DELAY Florence, préface du catalogue de l’exposition Zao Wou-Ki. Peintures et encres de Chine, 1948-2008 à l’Espace Bellevue de Biarritz, Éditions Hazan, Paris, 2005.

(…) "Il ne fait jamais nuit dans les tableaux de Zao Wou-Ki parce qu’ils appartiennent à ici et là-bas, à hier et demain. Lorsque la nuit tombe sur Biarritz, ailleurs le jour se lève. « Je suis hier et je connais demain » disait le dieu Soleil des Anciens Egyptiens. Plus modeste, le peintre que nous aimons préfère appartenir aux deux. Et son pinceau va et vient des découvertes extrêmes de l’occident à l’extrême-orient des choses. Dans les compositions sans titre des bourrasques de couleurs font voler le sens en éclats. La vie intérieure est sans titre. Sur ces paysages de l’âme nous projetons nos passions. Des précipités de colère noire, de peurs bleues, des scories de souffrance, des oxydes de tristesse, tombent au fond du tableau, cendres des passions bientôt balayées par le vent.

La palette de Zao Wou-Ki est d’une largeur et d’une largesse extrêmes. Suivons les couleurs, elles sont nos guides. Laissons-les nous conduire vers le secret du tableau car c’est aussi le nôtre. (…)".

orange dot   Retour sur la liste

NOËL Bernard, 2000

NOËL Bernard, extrait de « Au bord du visible », préface de Zao Wou-Ki – Grands formats, Edition Cercle d’Art, Paris, 2000 (p. 19).

(…) "La perception a sa vérité, la couleur a sa nature. La forme appelle dans la couleur sa nature, et dans la perception sa vérité. On voit cet appel au centre des toiles de Zao Wou-Ki, mais on le prend pour une vague, un remous parce que l’apparence est fatalement le champ des illusions. L’apparence, toutefois, est inévitable, la refuserait-on qu’on la créerait quand même. Elle a par conséquent sa nécessité, qui est de voiler l’intériorité avec un visage – ou de faire paraître aimable la violence à l’œuvre dans toute expression.

Comment s’exprimer sans commettre un acte d’exhibition ? Il faut jeter dehors son dedans, et plus cette expulsion est radicale plus elle est juste. L’apparence alors n’est plus le vêtement distingué, elle est la peau dont s’enveloppe l’à-vif. Les toiles de Zao Wou-Ki ont pour pudeur leur vivacité dans la mise à nu de l’expérience que chacune réalise. Et puis, leur meilleure voilette est le regard esthétique que l’on porte désormais sur elles : il fait voyager la perception vers l’art et non vers sa vérité. (…)."

orange dot   Retour sur la liste

RIGAUD Jacques, 2000

RIGAUD Jacques, préface du catalogue de l’exposition Zao Wou-Ki à la galerie Thessa Hérold à Paris, Edition Galerie Thessa Hérold, Paris, 2000.

(…) "Devant une toile jamais encore vue de Zao Wou-Ki, j’aime, après une longue observation, fermer les yeux, essayant alors, non de me la représenter, mais de faire renaître l’émotion que je viens d’éprouver à sa vue. Sous mes paupières closes apparaissent alors des couleurs, des formes un peu confuses, des détails quasi-graphiques, mais plus encore des sensations, quelque chose qui ressemble à une musique jamais entendue, et par-dessus tout un bien-être indéfinissable, comme si le courant du temps qui passe m’emportait vers un horizon où tout est calme et beauté. (…)."

orange dot   Retour sur la liste

de CORTANZE Gérard, 1998

de CORTANZE Gérard, extrait de « Zao Wou-Ki, le peintre qui regarde autrement » in Zao Wou-Ki, Yves Bonnefoy et Gérard de Cortanze, Éditions La Différence – Enrico Navarra, Paris, 1998 (pp. 52-53).

"(…) Je pense à une toile d’une intensité qui confère à l’épiphanie : 12.10.70. Un grand champ de vert vibratoire, une étendue vacante pleine de vacarme, une trouée dans la forêt, un coin de ciel mangé par des feuilles, une grotte, l’esquisse d’un mouvement ascendant. Mais surtout une immense joie, un plaisir. C’est étrange. Zao Wou-Ki qui n’est pas religieux atteint dans certaines toiles une joie qui confine à la religiosité. L’univers, dans son énergie, est là, incontestablement. Cette toile, comme quelques autres, réinvente la vie, lui donne un sens, fait habiter notre condition humaine par un morceau de divin. La toile absorbe l’être, le happe, manifeste la puissance de l’univers. D’où vient cette force ? Comment peut-on à ce point mettre en harmonie le ciel et la terre et l’offrir aux hommes ? Paul Klee, dans son journal, évoque la lumière et l’ombre qui sont la matière du monde graphique, rappelle que le peintre préoccupé par la forme, comprend qu’il existe le « reste ». C’est ce « reste » que fait venir Zao Wou-Ki dans ses tableaux. Ce « reste » qui est conscience éveillée et création, qui aide à frayer un chemin dans la voie formelle, qui fait demeurer l’espoir entre le visible et l’invisible, le périssable et l’impérissable. Dans le plaisir de peindre, le mouvement peut être immobile, alors son immobilité sera celle du miroir, et sa réponse, celle de l’écho. Zao Wou-Ki dresse un miroir et y fait venir de l’écho. Dans l’atelier, quand je regarde la toile, je peux toucher du doigt cette immobilité, je suis pris dans l’écho, et lorsque Zao Wou-Ki parle l’émotion me gagne. Sa peinture s’ouvre sur un autre monde, que je connaissais déjà, mais sans le savoir. Lui, le peintre, me met face au domaine du sacré, il souligne la distance qui m’en sépare, et me propose de l’amoindrir, de la rendre plus humaine. (…)".

orange dot   Retour sur la liste

BONNEFOY Yves, 1998

BONNEFOY Yves, extrait de « Pour introduire à Zao Wou-Ki » in Zao Wou-Ki, Yves Bonnefoy et Gérard de Cortanze, Éditions La Différence – Enrico Navarra, Paris, 1998 (pp. 27-28).  

"(…) Ce projet de Zao Wou-Ki, ce sera de rejoindre dans la couleur - et là même où par l’huile elle cherche à parler du monde – un nœud de la perception à soi-même qui soit le plus rebelle possible à la prise des mots ou de la pensée, le plus dépouillé possible de ce qu’on voit dès qu’on cesse de ressentir le rouge ou le bleu comme simplement du bleu ou du rouge, et le plus étranger aussi à ces harmonies qui se forment lorsque l’on prend recul pour - en cela déjà au dehors de la véritable expérience - apprécier ce qu’on nomme de la beauté. Un « aller à la couleur » comme si, à chaque fois qu’on posait du rouge, du bleu, on avait à être couleur soi-même, rien que couleur : et non par un jeu de différences dans une gamme mais comme la flamme est le feu, c’est-à-dire à la fois la partie insaisissable et le tout, à la fois l’irisation qui court à la crête de la chaleur et le souffle de celle-ci, qui la brise.

Et pourquoi cette poétique de la couleur en soi, de la couleur vécue et non vue ? Parce que si on accède ainsi à un rouge que ne signifie plus rien – même l’incendie -, à un bleu qui ne soit plus, presque mauve pourtant, le rappel sur la toile d’une impression de montagne, à des remous de jaune ou de vert qui aillent plus loin pour nous que tout souvenir d’un torrent ou du ciel d’orage, voici donc déchirée cette enveloppe des choses qu’est en Occident la couleur, la voici dessaisie de sa fonction protectrice, par laquelle le monde accédait à ce qu’alors on croyait de l’être, et des conséquences s’ensuivent, fondamentales, pour l’être-au-monde, et aussi bien, certes, pour la peinture, dans le débat où Zao Wou-Ki l’a maintenant engagée. (…)

(…) Je regarde ces tableaux, et je me dis, oui, c’est vrai, on m’appelle ici loin de moi, loin en avant dans ce lieu qui n’est plus un lieu, ces toiles franchissent bien la barre de l’apparence, elles se couvrent assurément, grandes voiles, de l’écume phosphorescente du non-être, du non-vouloir, je n’ai pas eu tort de caractériser le travail de Zao Wou-Ki par le non-réferentiel, le non-savoir, c’est la leçon de l’Orient que ce peintre écoute. Mais puis-je exclure – non, je ne puis - qu’il y ait chez lui, en son besoin même de délivrance, des pensées, des sentiments, qui résistent, quand se gonfle la grande vague ? Et qui lui disent même, et bien fort, qu’ils ont le droit de le faire ?" (…).

orange dot   Retour sur la liste

DUBY Georges, 1996

DUBY Georges, extrait de la préface du catalogue de l’exposition A retrospective of Zao Wou-Ki au Museum of Fine Arts de Kaohsiung, Edition Kaohsiung Fine Arts Museum, 1996.

Texte repris pour le catalogue de l’exposition Infinite Image and Space - A retrospective of Zao Wou-Ki au Hong Kong Museum of Fine Arts, Urban Council of Hong Kong, Hong Kong, 1996.

"(…) Zao Wou-Ki l’avoue, «qu’un certain moi-même était oublié, enfoui sous des choses… Je me sens assez dégagé de la peinture chinoise. Il me semble qu’elle fait maintenant partie de mon univers». Il fallait en effet qu’il se dégage, qu’il se délivre de tous les procédés ritualisés au sein desquels dans l’ancienne Chine l’acte de peindre se trouvait engoncé, il le fallait pour qu’il puisse se reconnaître enfin librement peintre chinois. Les empreintes laissées par la première enfance, un moment estompées, reprennent avec l’âge de leur vigueur, les plus anciens souvenirs, tout le legs de la culture héréditaire, remontent insensiblement du tréfonds de l’être. Mais qu’est-ce donc qui dans cette œuvre paraît chinois aux yeux d’un occidental? Et d’abord qu’est- ce qui ne l’est pas? Le refus de la figuration bien sûr, la toile préférée au papier, l’huile au lavis, enfin et surtout la primauté absolue de la couleur, tout cela renie la tradition chinoise. De celle-ci cependant trois caractères manifestent clairement selon moi la résurgence.

C’est d’abord la fonction que remplit le trait. A première vue, sa présence est indiscernable, mais un examen attentif en révèle l’emprise essentielle. Formant la texture primordiale de l’œuvre peinte, une multitude de traits noyés se recouvrent, interfèrent, se combinent, se perdent, rejaillissent ici et là, s’épanchent, se fondent dans le miroitement des transparences, conférant à la substance colorée sa densité onctueuse, sa succulente, son inépuisable richesse dans un soucis constant de poursuivre à la pointe du pinceau, délicatement, obstinément, des traces, et ceci pour tisser enfin le support arachnéen sur quoi, légère, la composition repose.

Dans la composition, justement, il me semble voir reparaître aussi la Chine, dans la disposition des composantes plastiques, dans la part faite au vide venu s’installer en position centrale au sein d’une étendue qu’aucune lisière ne circonscrit, l’ensemble de l’ouvrage se construisant sur une opposition, sur un affrontement qui est aussi accord, sur l’équilibre incertain entre plénitude et vacuité, entre le rugueux, le pesant, le sombre, l’âpre, le massif - ce que la montagne, les roches, la terre représentaient dans la peinture classique chinoise - et les effusions, les vapeurs, les souffles - figurés dans la tradition chinoise par les eaux vagabondes, le ciel, les nuages, les brumes.

Toutefois, le plus chinois me paraît résider dans le rapport qu’entretiennent le peintre, son œuvre et celui qui la contemple. En Chine, la peinture n’a jamais été pur objet de délectation sensuelle. Elle a toujours rempli une fonction. Cette fonction n’était pas, comme dans l’art chrétien de l’Europe médiévale, sacrificielle, la peinture ne se présentait pas comme une offrande à des puissances surnaturelles. Elle n’avait pas non plus fonction de narrer, d’entretenir une mémoire historique, de transmettre des consignes, d’inciter les hommes à agir de telle ou telle façon. Médiatrice, elle prétendait seulement favoriser un passage. C’était une porte ouverte sur l’enchantement. (…)."

orange dot   Retour sur la liste

PEI Ieoh Ming, 1996

PEI Ieoh Ming, extrait de la préface du catalogue de l’exposition Zao Wou-Ki. Encres de Chine 1982-1996. A tribute to Pierre Matisse à la Jan Krugier Gallery de New York, Edition Jan Krugier et Maria Gaetana Matisse, New York, 1996.

"Au printemps 1971, Eileen mon épouse et moi avons rendu visite à nos vieux amis les Zao (…). Il me montra cependant un portfolio de peintures à l’encre qu’il avait faites pour se distraire. Ces tableaux étaient les premiers essais de peinture à l’encre de Chine traditionnelle sur papier depuis qu’il avait quitté la Chine pour la France en 1948. Il m’affirma ne pas avoir été influencé par la peinture traditionnelle chinoise.

J’étais subjugué… Le tracé était aérien, tout en étant infiniment nuancé. Mais le plus important, à mon avis, était que ces peintures à l’encre parlaient le même langage que ses huiles, malgré les grandes différences qui existent entre ces deux techniques. Je me souviens combien j’avais été impressionné en découvrant qu’il était un peintre de tradition occidentale, inspiré par une sensibilité esthétique chinoise. Cette sensibilité est la clef de voûte de son évolution en tant qu’artiste. (…)."

orange dot   Retour sur la liste

DAIX Pierre, 1994

DAIX Pierre, extrait de Zao Wou-Ki – L’œuvre 1935-1993, Éditions Ides et Calendes, Neuchâtel, 1994 (pp. 7-12).

"Si différentes soient-elles, les toiles de Zao Wou-Ki depuis qu’il s’est créé son langage personnel au début de la seconde moitié du XXe siècle portent sa signature à chaque point de leur composition, la signature d’un art en étrange pays où se fondent des espaces venus du champ de la cosmologie et des signes de la Chine ancestrale avec les espaces nés de l’affranchissement moderne chez nous de la perspective, de Cézanne à cette abstraction lyrique qui prit son essor après la seconde guerre mondiale ; en étrange durée donc puisque celle-ci semble ne jamais s’interrompre chez lui entre les premières manifestations de cette spécificité chinoise de faire passer dans l’art le souffle de l’univers et notre fin du XXe siècle. Il n’y a pas de progrès en art et Zao Wou-Ki le sait mieux que personne. Il faut l’entendre s’enthousiasmer devant des pots à vin tripodes les plus anciens qui nous soient venus de l’âge du bronze en Chine, sortis des objets du néolithique, comme devant les peintres T’ang ou la calligraphie primitive, la plus spontanée. Mais s’il n’y a pas de progrès, l’artiste qui ne porte pas en lui la vision de son temps ne peut être qu’un épigone. La peinture de Wou-Ki s’inscrit dans la lignée immémoriale de l’art chinois, parce qu’au lieu de la suivre elle y apporte les interrogations sur le sens de l’art, plus exactement sur le sens de la peinture, nées de notre modernité occidentale, nées des révolutions opérées dans la peinture quand celle-ci s’est émancipée en France des chefs-d’œuvre qu’on jugeait insurpassables de la Renaissance. (…)".

orange dot   Retour sur la liste

CHESSEX Jacques, 1990

CHESSEX Jacques, extrait de la préface du catalogue de l’exposition Zao Wou-Ki à la Galerie Jan Krugier de Genève, Edition Galerie Jan Krugier, Genève, 1990.

(…) "Ainsi les récentes peintures de Zao Wou-Ki se montrent-elles infiniment réfractaires à toute angoisse, à toute obsession du temps. Ignorant l’usure, le vieillissement, la destruction. Témoignant d’une confiance aérienne et immédiate dans les pouvoirs de la peinture pure, et leur jeunesse atteint simultanément l’élémentaire à force d’abstraction, - d’attention à cette quintessence fraîche et première qui est le produit d’années de patiente synthèse, de savante évolution plastique et philosophique. Une métamorphose vers la fraîcheur. Une idéalisation transparente des circonstances de la vie et des remises en question, des haltes, de tout un métier tendu – maintenant ce jaillissement printanier dans la matière transfigurée."

" Il y a cet effet d’élévation, pareil à la méditation qui passe par la sublimation de la matière, demeurée là pourtant miraculeusement présente et compacte, vers l’essentiel et le cosmique. Il y a la merveille sensuelle, pulpeuse, de ces espaces peints. Et il y a que cette œuvre, dont la figure humaine est absente, concentre à un degré très fort le pouvoir d’inspirer la trace de l’homme, sa mémoire, et la mémoire de tous ses passages dans le terrestre et dans le sublime. (…)."

orange dot   Retour sur la liste

ROY Claude, 1988

ROY Claude, extrait de Zao Wou-Ki, collection Les Grands Peintres, Éditions Cercle d’Art, Paris, 1988 (p. 102).

« Chinois ? Français ? Orient ? Occident ?

La vérité c’est que Zao Wou-Ki n’habite qu’un pays.

Il vit en Zaowoukie depuis de longues années.

De plus en plus hardi, de plus en plus léger, il s’y est enfoncé de plus en plus profond.

A ses débuts, il y croise des gens, il y croise des chats.

Il y avait dans les cartes postales en forme de lithos ou en forme de tableaux qu’il nous envoyait de là-bas, des maisons, des mésanges, des messieurs et des dames et même des vases de fleurs. Il y avait des bonshommes, des clochers, des oiseaux sans passeport, des théières et même plusieurs cerfs branchus. Enfin tout ce qu’on peut rencontrer dans les villes.

Mais petit à petit, Wou-Ki s’est avancé dans des régions de plus en plus sauvages. Il s’est égaré aux marches extrêmes de la Zaowoukie. Il s’est avancé hardiment aux confins.

Au début, il travaillait sur le motif dans les rues des cités, dans les ports, le long de canaux à gondoles et de places à clochers.

Maintenant, comme disent les Kritikdars, il « plante son chevalet » dans les coins perdus des provinces reculées, du côté où la Zaowoukie orientale jouxte les bancs de brumes chantantes de la province d’Oniri, habitée par le peuple des rêves. »

orange dot   Retour sur la liste

LEYMARIE Jean, 1986

LEYMARIE Jean, extrait de Zao Wou-Ki, Éditions Cercle d’Art, Paris, 1986 (pp. 48-49).

(…) "En mai 1985, Zao Wou-Ki répond à l’invitation pressante de son ancienne école et retourne à Hang-Tchéou pour y donner durant un mois des cours de peinture et de dessin, tandis que sa femme enseigne en même temps l’histoire de l’art moderne et la muséographie. Expérience inattendue et passionnante, mais comme celle du séminaire de Salzbourg en 1970, épuisante à s’y livrer en entier. Au cours de son voyage il s’arrête à Singapour afin de déterminer l’emplacement de la peinture monumentale que lui commande Pei pour l’édifice en construction dans cette ville. Elle occupera le hall d’entrée. C’est le triptyque exceptionnel de deux mètres quatre-vingts de hauteur sur dix mètres de longueur (3 + 4 + 3) qu’il entreprend avec exaltation et même à terme sans désemparer durant tout l’été, de juin à octobre, dans la retraite de son atelier de campagne près de Fontainebleau. Il marque sans aucun doute dans son œuvre un accomplissement souverain, sur le mode ternaire et son orchestration dialectique autour de l’axe médian. J’ai pu le voir dès son achèvement et subir, avec le recul nécessaire, sa puissance irradiatrice, que la reproduction la plus fidèle ne saurait transmettre. Du vaste foyer central et de sa source solaire aux lueurs cuivrées émanent par contraste et se dilatent vers les bords des nappes bleues et vertes suspendues, aux accords hardis d’olive et d’outre-mer, d’émeraude et de cobalt. Le souffle immense brassant et unifiant l’espace en fusion se combine avec l’extrême richesse et variété de la texture moléculaire, traits, points, taches, hachures, frottis, granulations. (…)

Il n’y a pas de conclusion à ce livre car l’œuvre singulière de Zao Wou-Ki reste inépuisablement ouverte dans sa splendeur physique et sa plénitude spirituelle. Elle assume avec un élan de plus en plus libre la symbiose totale entre l’Occident et l’Orient, entre l’énergie et la contemplation."

orange dot   Retour sur la liste