LAUDE Jean, extrait de Zao Wou-Ki, Edition La Connaissance, Bruxelles, 1974 (pp. 67-69).

(…) "Coulures, éclaboussures, projections : la toile (ou le papier) absorbe inégalement la matière colorante. Mais aussi : peut être considéré comme aléatoire le geste qui déchaîne une série d’événements sur l’étendue, le geste dont l’ampleur, dont l’insistance, n’ont pas été prévus avant qu’il fut amorcé. Il est vrai : la rapidité de la conception qui, dans l’instant même, invente ses modalités d’exécution peut n’être nullement imputée au surgissement impérieux du hasard. C’est un homme qui peint, la conscience tendue dans l’acte où sont focalisées, intensément, toutes ses facultés. Les éclaboussures, les coulures - pour projetée que fut la matière colorante - c’est leur impact, c’est la qualité plus ou moins absorbante du support qui vont les qualifier sur la surface.

(…) Que la peinture de Zao Wou-Ki soit méthodique et que logique apparaisse son développement, elle n’en accueille pas moins des éléments qui perturbent et subvertissent les territoires qu’elle a déjà conquis. Mais ces perturbations, ces subversions opèrent selon une ligne de fracture qui, tout à la fois, sépare son travail de la tradition (tant chinoise qu’occidentale) et l’unit à elle. Transgressée, la tradition chinoise n’en est que plus présente. Mais elle n’en est que plus présente que parce que Zao Wou-Ki l’a rejointe, non plus en les règles ou en les aspects transitoires qu’elle secrète, mais en ce flux qui la traverse, visible aux grandes époques et souterrain lorsque l’Académisme a triomphé. (…)."

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