SCHNEIDER Pierre, extrait de « Dialogue avec Zao Wou-Ki », in Les dialogues du Louvre, Éditions Denoël, Paris, 1972 (p. 319).

(…) "Il évoque un ciel lourd et une mer de plomb, si dissemblables que la ligne d’horizon semble entériner une rupture sans remède. Mais une condensation soudaine, impalpable, les fait communiquer, et le mouvement reprend, le cycle de la vie est sauf. Zao Wou-Ki sait capter les moments, délicats et exacts comme une balance de précision, de la concentration et de la déconcentration, sans lesquels tout ne serait que dualité, ruptures, inertie. Le paysage aérien se condense en une pluie de signes. Va- t-on pouvoir les lire ? Non, déjà ils ne sont plus que les plis d’un univers liquide. En chemin, la couleur s’allège, jusqu’à n’être plus que la lumière, le geste s’appesantit jusqu’à n’être plus qu’une forme. La touche est tantôt longue, diluée, sereine ; tantôt courte, exacerbée, chargée. Ici le pinceau semble manié à partir du poignet, là à bout de bras. La vague lourde délègue vers le ciel une écume qui prend le soleil, devient perle, retombe et se confond à nouveau avec l’eau. Et l’essentiel n’est pas la somme de ces états ou tel d’entre eux, mais leur aptitude à la métamorphose perpétuelle. (…)"

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