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1960's

MANESSIER Alfred, 1965

MANESSIER Alfred, préface du catalogue de l’exposition Zao Wou-Ki du Museum Folkwang d’Essen, Edition Museum Folkwang, Essen, 1965.

"Wou-Ki, mon ami,

Tu es venu vers nous, au travers de tes paysages intérieurs, à la fois lointains et proches,  anciens et étonnement neufs – en plein cœur du mystère du monde – révélant par ta finesse et ton esprit (Pascal eut dit l’Esprit du Cœur) beaucoup plus ce qui rapproche que ce qui divise.

Comment as-tu pu venir, aussi simplement, casser pour nous ta tradition comme une amande au printemps ? Et voilà que le germe, plongeant dans un autre sol, jaillit dans le ciel de l’Universel.

Fidèle Wou-Ki, qui porte ainsi le témoignage de l’Unité du monde – d’une unité et d’une vérité infiniment diverse de traditions, d’hommes et de sensibilités, mais infiniment simple et UNE par l’Esprit qui emplit le cœur et anime la main.

Voici que par toi, brusquement, Fan K’ouan fait le même geste que Rembrandt ; que Cézanne diffuse la même luminosité que Mi-Fei et Ni-Tsan ; voici, enfin, la grande famille des peintres qui se réunit ; l’étranger se découvre frère.

Cher Wou-Ki, fidèle à l’Esprit du cœur des hommes – de tous les hommes – voilà ce qui fait de toi ce peintre unique et planétaire que j’aime et que j’admire.

….. Bien sûr l’Art est la Risque même, ou ne serait pas ; mais combien périlleux doit être ce fil que tu tends d’un point du monde à l’autre – d’un point du temps à l’autre – Zao Wou-Ki, peintre prophétique du monde en mal d’unité."

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RAGON Michel, 1962

RAGON Michel, extrait de « Zao Wou-Ki » in Cimaise, n° 57, Paris, janvier-février 1962 (p. 34).

Texte repris en espagnol pour le catalogue de l’exposition Zao Wou-Ki à Cuadernos de arte del Ateneo, Madrid, 1962.

(…) "On pense à des paysages en regardant les tableaux actuels de Zao Wou-Ki, des paysages indéfinis, flous, pour tout dire des paysages chinois. Mais lui non. Autrefois, lorsqu’il était peintre figuratif, il remplissait des cahiers de croquis qui étaient autant de notes pour des tableaux futurs. Aujourd’hui, il ne fait plus jamais de croquis d’après-nature. Lorsqu’il est en vacances, il ne regarde même pas la nature. Sans doute parce que la nature de ses tableaux est au plus profond de lui-même et que, involontairement, lorsqu’il se retrouve devant la toile blanche, il invente le paysage de ses rêves.

(…) Tout se confond, tout s’assemble, tout se métamorphose. Cézanne n’avait-il pas lui aussi senti le monde à la manière des sages chinois lorsqu’il disait qu’il voulait « unir des courbes de femmes à des épaules de collines » : Cézanne qui, toujours, finalement, peignit des pommes, qu’il s’agisse du fruit, ou des collines d’Aix ou des Baigneuses. Tout se ramenait à cet archétype, à cette courbe, à ce cercle ouvert, chez Cézanne. Paysage, peinture, le monde, le cosmos, la mer, la nature, pour Zao Wou-Ki tout cela maintenant ne fait plus qu’un. (…)."

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